Groupe algébrique





En géométrie algébrique, la notion de groupe algébrique est un équivalent des groupes de Lie en géométrie différentielle ou complexe.
Un groupe algébrique est une variété algébrique munie d'une loi de groupe compatible avec sa structure de variété algébrique.




Sommaire






  • 1 Définition


  • 2 Exemples


  • 3 Structure


    • 3.1 Structure de variété


    • 3.2 Décomposition


    • 3.3 Formes différentielles




  • 4 Généralisation


  • 5 Articles connexes





Définition |


Un groupe algébrique sur un corps (commutatif) K est une variété algébrique G{displaystyle G}G sur K{displaystyle K}K munie :



  • d'un morphisme de K-variétés algébriques (appelé aussi multiplication) μ:G×KG→G{displaystyle mu :Gtimes _{K}Gto G}{displaystyle mu :Gtimes _{K}Gto G}. La variété source étant le produit fibré de G{displaystyle G}G par lui-même ;

  • d'un morphisme inverse ι:G→G{displaystyle iota :Gto G}{displaystyle iota :Gto G} ;

  • d'un élément neutre ϵ{displaystyle epsilon }epsilon appartenant à G(K){displaystyle G(K)}{displaystyle G(K)} (un point rationnel de G{displaystyle G}G)


vérifiant formellement les axiomes d'un groupe. Si G{displaystyle G}G est réduit et si K est algébriquement clos, il suffit que ces morphismes induisent une structure de groupe sur l'ensemble G(K){displaystyle G({K})}{displaystyle G({K})} des points rationnels de G{displaystyle G}G.


Pour toute variété algébrique X sur K, l'ensemble G(X) des K-morphismes de X dans G hérite d'une structure de groupe. Une façon rapide de définir un groupe algébrique est alors de dire que c'est une variété algébrique qui représente un foncteur de la catégorie des variétés algébriques sur K dans la catégorie des groupes.


Attention : KG{displaystyle Gtimes _{K}G}{displaystyle Gtimes _{K}G} est muni de la topologie de Zariski et non de la topologie produit.



  • Un homomorphisme de groupes algébriques f:G→H{displaystyle f:Gto H}{displaystyle f:Gto H} sur K est un morphisme de variétés algébriques sur K qui est compatible avec la structure de groupe : si μG,μH{displaystyle mu _{G},mu _{H}}{displaystyle mu _{G},mu _{H}} sont les lois de multiplication sur G et H respectivement, alors f∘μG=μH∘(f×f){displaystyle fcirc mu _{G}=mu _{H}circ (ftimes f)}{displaystyle fcirc mu _{G}=mu _{H}circ (ftimes f)}. En termes des points, cela revient à dire que pour toute K-algèbre de type fini A, l'application f(A):G(A)→H(A){displaystyle f(A):G(A)to H(A)}{displaystyle f(A):G(A)to H(A)} induite par f est un homomorphisme de groupes. Si K est algébriquement clos et si G, H sont réduits, il suffit de prendre A=K.

  • Un isomorphisme de groupes algébriques est un homomorphisme de groupes algébriques qui est un isomorphisme pour les variétés algébriques sous-jacentes.

  • Un sous-groupe algébrique F de G est une sous-variété de G telle que l'immersion i:F→G{displaystyle i:Fto G}{displaystyle i:Fto G} soit un homomorphisme de groupes algébriques. On sait que F est alors une sous-variété fermée.

  • Si f:G→H{displaystyle f:Gto H}{displaystyle f:Gto H} est un homomorphisme de groupes algébriques sur K, le noyau Ker(f){displaystyle (f)}(f) de f est défini par H{displaystyle Gtimes _{H}epsilon _{H}}{displaystyle Gtimes _{H}epsilon _{H}}. L'espace sous-jacent à Ker(f){displaystyle (f)}(f) est f−1(ϵH){displaystyle f^{-1}(epsilon _{H})}{displaystyle f^{-1}(epsilon _{H})}, mais la structure de sous-variété n'est pas nécessairement réduite. On montre facilement que Ker(f){displaystyle (f)}(f) est un sous-groupe algébrique de G.



Exemples |



  • Si Γ{displaystyle Gamma }Gamma est un groupe fini, il existe un unique groupe algébrique sur K tel que G(L)=Γ{displaystyle G(L)=Gamma }{displaystyle G(L)=Gamma } pour toute extension de corps L/K. C'est le groupe constant Γ{displaystyle Gamma }Gamma .

  • Le groupe additif Ga{displaystyle G_{a}}{displaystyle G_{a}}: la variété sous-jacente est la droite affine A^1 sur K. Pour toute K-algèbre de type fini A, le groupe Ga(A){displaystyle G_{a}(A)}{displaystyle G_{a}(A)} s'identifie canoniquement au groupe (additif) A.

  • Le groupe multiplicatif Gm{displaystyle G_{m}}{displaystyle G_{m}}: la variété sous-jacente est la droite affine A^1 sur K privée de l'origine. Pour toute K-algèbre de type fini A, le groupe Gm(A){displaystyle G_{m}(A)}{displaystyle G_{m}(A)} s'identifie canoniquement au groupe multiplicatif A∗{displaystyle A^{*}}A^{*} des éléments inversibles de A.


  • GLn,K{displaystyle GL_{n,K}}{displaystyle GL_{n,K}}, le groupe des matrices inversibles, est un groupe algébrique. Pour toute K-algèbre de type fini A, le groupe GLn,K(A){displaystyle GL_{n,K}(A)}{displaystyle GL_{n,K}(A)} s'identifie au groupe multiplicatif des matrices carrés d'ordre n, à coefficients dans A et inversibles. Lorsque n=1, on retrouve le groupe multiplicatif Gm{displaystyle G_{m}}{displaystyle G_{m}}.

  • Les courbes elliptiques sont des groupes algébriques.

  • Soit n un entier naturel. La multiplication par n induit un homomorphisme de groupes algébriques Ga→Ga{displaystyle G_{a}to G_{a}}{displaystyle G_{a}to G_{a}}. Si n est premier à la caractéristique du corps K, alors le noyau de cet homomorphisme est réduit à l'élément neutre.

  • Si K est de caractéristique p positive, l'élevation à la puissance p (appelé le Frobenius) dans Ga{displaystyle G_{a}}{displaystyle G_{a}} est un homomorphisme de groupes algébriques. Son noyau, noté αp{displaystyle alpha _{p}}alpha _{p}, est un exemple typique de groupe algébrique non-lisse. La variété algébrique sous-jacente est Spec K[T]/(TpK[T]){displaystyle K[T]/(T^{p}K[T])}{displaystyle K[T]/(T^{p}K[T])} (elle n'a qu'un seul point et n'est pas réduite).

  • Soit n un entier naturel. Dans le groupe multiplicatif Gm{displaystyle G_{m}}{displaystyle G_{m}}, l'élevation à la puissance n induit un homomorphisme de groupes algébriques, dont le noyau μn{displaystyle mu _{n}}mu _{n} est un groupe algébrique fini, constant si le corps de base K contient toutes les racines n-ième de l'unité. Il est étale sur K si et seulement si n est premier à la caractéristique de K.

  • En géométrie algébrique, un tore T sur K est un groupe algébrique, isomorphe à un produit de Gm{displaystyle G_{m}}{displaystyle G_{m}} sur la clôture algébrique de K. On dit que T est déployé si l'isomorphisme est défini sur K.


Deux classes de groupes algébriques sont particulièrement importantes. Tout d'abord, les variétés abéliennes sont des groupes algébriques pour lesquelles la variété sous-jacente est propre, connexe, et lisse. Les courbes elliptiques sont des exemples de variétés abéliennes.


Ensuite viennent les groupes algébriques linéaires (en) : ceux-ci correspondent au cas où le groupe est une variété algébrique affine, autrement dit, où c'est le lieu des zéros d'une famille de polynômes dans K[X1,…,Xn]{displaystyle K[X_{1},dots ,X_{n}]}{displaystyle K[X_{1},dots ,X_{n}]}. La plupart des sous-groupes usuels de GLn(K){displaystyle GL_{n}(K)}GL_n(K) correspondent à des groupes algébriques linéaires. Par exemple, SLn(K){displaystyle SL_{n}(K)}{displaystyle SL_{n}(K)} est l'ensemble des zéros du polynôme det−1{displaystyle det -1}{displaystyle det -1}. On peut montrer que les groupes algébriques linéaires peuvent être représentés fidèlement. Ainsi, ils peuvent toujours être vus comme des sous-groupes de GLn,K{displaystyle GL_{n,K}}{displaystyle GL_{n,K}}, ce qui explique leur appellation.



Structure |



Structure de variété |


Un groupe algébrique géométriquement réduit est automatiquement lisse. Sur un corps de caractéristique 0, tout groupe algébrique est lisse (théorème de Cartier). En revanche, si K est de caractéristique p positive, il existe des groupes algébriques non-lisses (voir l'exemple αp{displaystyle alpha _{p}}alpha _{p} ci-dessus).



Décomposition |


Si G est un groupe algébrique sur un corps K, on peut décomposer G comme suit.


  • Il existe un sous-groupe ouvert G0{displaystyle G^{0}}G^{0} de G{displaystyle G}G, appelé la composante neutre de G{displaystyle G}G, et un groupe algébrique π0(G){displaystyle pi _{0}(G)}pi _{0}(G) fini étale sur K, tels que G{displaystyle G}G soit extension de π0(G){displaystyle pi _{0}(G)}pi _{0}(G) par G0{displaystyle G^{0}}G^{0}, c'est-à-dire qu'on a une suite exacte

1→G0→G→π0(G)→1.{displaystyle 1to G^{0}to Gto pi _{0}(G)to 1.}{displaystyle 1to G^{0}to Gto pi _{0}(G)to 1.}


Si K est algébriquement clos, π0(G){displaystyle pi _{0}(G)}{displaystyle pi _{0}(G)} est un groupe fini constant.



  • Supposons maintenant G lisse et K parfait (par exemple de caractéristique 0). Alors G0{displaystyle G^{0}}G^{0} est extension d'une variété abélienne par un groupe linéaire lisse L (théorème de Chevalley).

  • Supposons de plus que G est commutatif. Le groupe linéaire L est produit d'un tore par un groupe unipotent (en) (c'est-à-dire un groupe algébrique qui est extensions successives de Ga{displaystyle G_{a}}{displaystyle G_{a}}). En caractéristique 0, les groupes unipotents sont isomorphes à un produit de Ga{displaystyle G_{a}}{displaystyle G_{a}}.



Formes différentielles |


Si G est un groupe algébrique lisse, alors son fibré tangent est constant, engendré par l'espace tangent de G à l'origine ϵG{displaystyle epsilon _{G}}{displaystyle epsilon _{G}}. Par dualité, le faisceau des formes différentielles sur G est libre (rappelons que sur une variété algébrique lisse, le faisceau des formes différentielles est seulement localement libre en général).



Généralisation |


Soit S{displaystyle S}S un schéma. Un schéma en groupes sur S{displaystyle S}S est un S{displaystyle S}S-schéma G→S{displaystyle Gto S}{displaystyle Gto S} qui représente un foncteur de la catégorie des S{displaystyle S}S-schémas dans la catégorie des groupes.



  • Plus concrètement, on demande que pour tout S{displaystyle S}S-schéma T{displaystyle T}T, l'ensemble G(T)=MorS(T,G){displaystyle G(T)={rm {Mor}}_{S}(T,G)}{displaystyle G(T)={rm {Mor}}_{S}(T,G)} soit un groupe et que pour tout T′→T{displaystyle T'to T}{displaystyle T'to T}, l'application canonique G(T)→G(T′){displaystyle G(T)to G(T')}{displaystyle G(T)to G(T')} soit un morphisme de groupes.

  • Une autre façon de définir les schémas en groupes est de dire qu'il existe un morphisme SG→G{displaystyle Gtimes _{S}Gto G}{displaystyle Gtimes _{S}Gto G} (la multiplication), un automorphisme G→G{displaystyle Gto G}{displaystyle Gto G} (l'inverse) et une section S→G{displaystyle Sto G}{displaystyle Sto G} du morphisme structural G→S{displaystyle Gto S}{displaystyle Gto S} (section neutre) qui vérifient les axiomes habituels d'un groupe.


Si G→S{displaystyle Gto S}{displaystyle Gto S} est de plus de type fini, alors pour tout s∈S{displaystyle sin S}sin S, la fibre Gs{displaystyle G_{s}}{displaystyle G_{s}} est un groupe algébrique sur le corps résiduel k(s){displaystyle k(s)}{displaystyle k(s)}. Ainsi G→S{displaystyle Gto S}{displaystyle Gto S} peut être vu comme une famille de groupes algébriques paramétrés par les points de S{displaystyle S}S.


Les exemples standard de groupes algébriques Ga,Gm{displaystyle G_{a},G_{m}}{displaystyle G_{a},G_{m}}, courbes elliptiques etc se généralisent facilement en schémas en groupes sur une base S{displaystyle S}S quelconque.


Un schéma en groupes G→S{displaystyle Gto S}{displaystyle Gto S} est séparé sur S{displaystyle S}S si et seulement si la section neutre est fermée dans G{displaystyle G}G.



Articles connexes |




  • Approximation dans les groupes algébriques (en)


  • Radical d'un groupe algébrique (en)


  • Groupe algébrique semi-simple (en)




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